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Interview de l'artiste

IFROSA: Roee Suffrin, nous sommes conscients qu'un peintre sait parler par ses images et non par ses mots mais il nous est quand même nécessaire de vous entendre vous exprimer sur vous-même et sur votre place dans la tradition des peintres israéliens".

Roee Suffrin: Je me confronte aux mœurs sociales et à leur évolution et à la manière dont elles influent sur l'esthétique.
Je n'adhère pas à un seul style ou à une seule technique mais elles se définissent en fonction du besoin du moment.
Mon travail n'est pas non plus limité à un seul sujet ou une seule idée, mais il est divers, et il saisit les différentes questions en une seule touche, et combine un certain nombre d'éléments pour créer une rencontre unifiée.


IFROSA: Quel a été votre parcours artistique et son développement?

Roee Suffrin: «J'ai d'abord commencé, comme un enfant, à peindre les animaux et les habitats d'une manière scientifique.
À un stade ultérieur, comme une sous-activité culturelle, j'ai commencé à produire des images dans un romantisme idéaliste pré-Renaissance.
Mais, déjà, ces œuvres exprimaient une forte critique sociale et la préférence pour les options spirituelle sur la vie matérielle quotidienne.
Ces approches culturelles comprenaient et révélaient les ombres et les fantasmes poétiques dans une atmosphère contemplative-philosophique, et tout cela était mon monde quand, à 19 ans, j'ai commencé mes études à l'Académie d'Art Bétsalel.
En tant qu'artiste, je me débattais avec l'ordre dominant de l'Académie, et mon travail reflète toujours ce thème de la lutte contre l'ordre social et conformiste du jour ».


IFROSA: Pourriez-vous vous définir sur un plan artistique théorique, et est-il possible pour un artiste de se définir de cette façon?"

ROEE Suffrin: Jacques Lacan parle d'une lettre symbolique qui parvient à son destinataire après des cours très emmêlés. Cette lettre a le caractère d'une note lancée sur l'eau dans une bouteille. Elle n'a pas de destination claire, mais elle est toujours intérieurement dirigée et doit parvenir à son destinataire inconnu . C'est ainsi que je vois l'art?
Et quand une véritable communication interpersonnelle directe semble impossible dans la société et c'est un drame, la seule solution raisonnable (à mon avis) pour le peintre est «Jette ton pain sur les eaux» de manière interactive, et crée un message en suspension dans la forme d'ynamique d'un objet.
Il y a beaucoup de réalités fascinantes à observer et à utiliser. Et l'art, avec ses non-frontières existantes et créatives, peut utiliser tout ce matériel. Alors, quand un mouvement d'art s'enclenche et vous invite à faire quelque chose avec lui (l'explorer, comprendre, plaisanter, commenter, imiter, le mélanger avec d'autres choses ...) vous n'avez pas à écrire un rapport sur votre travail - la communication immédiate de l'art est ancrée dans l'action.
Je me réfère à la culture comme un régime linguistique, un vocabulaire, une langue dont je peux faire agir les éléments. Je suis dans le bien connu, et dans les formes archétypales, et je les combine et interpréte, avec l'intention de transmettre une dynamique complexe, et claire sur la façon dont je vois ces choses. Peut-être une approche, une atmosphère.

Mon approche ainsi exprimée apparaît quelque peu conceptuelle. Mais cela ne se traduit pas dans une seule technique que j'utiliserais - bien que je privilégie généralement les médiums artistiques traditionnels (peinture et craft), je n'hésite pas à utiliser toutes les techniques et matériaux qui exprimeront ces enjeux.

La vie quotidienne semble souvent fausse et incompréhensible. Dans la dynamique de la réalisation, je me confronte à la perception gnostique et chrétienne qui divise le monde dans le «royaume terrestre" matériel et la «sphère surnaturelle, spirituelle, céleste», de «vie intérieure», etc. et chaque fois la peinture se confronte à un rejet ascétique de la seule dimension «terrestre». Et, quand je travaille, j'entre dans un monde de merveilles et mon point de vue se clarifie au fur et à mesure du travail pictural. Parfois, une force me pousse à critiquer les facteurs externes de catégorie «terrestre» comme dans mes peintures qui rencontrent le monde de la société de consommation.

Mais comme beaucoup d'artistes créateurs, j'ai également un faible, un «péché» d'attirance pour la matérialité: la plastique des regards, le glamour, l'artificialité, et la mode. Cela met en jeu des personnages complexes aux nombreux aspects qui semblent contradictoires. Et cela vit dans la peinture".


IFROSA: quelles sont les sources et les présences de la culture iranienne dans votre oeuvre?

ROEE Suffrin: Je pense que la multiplicité qui apparaît habituellement dans mon travail a un lien profond de mes racines perses: multiplicité des sujets, des questions, des éléments, des détails.
Cela exprime, dans ma peinture, la nécessité d'apporter une compréhension et une solution globale et englobante; saisir simultanément tout le monde et l'essentiel, montrer ensemble tous les côtés et tous les points de vue - même éloignés dans l’univers...
Ma volonté apparente de surcharger l'espace de la toile ou d'y ajouter de plus en plus de dimensions pourrait provenir de ma volonté de contenir le total, le complet mais cela dans les vérités existentielles et dans le raffinement intérieur.
Car il y a plus que la totalité et la profondeur: ma connexion à l’art persan se traduit aussi par un penchant vers l'ornement et vers l'agencement complémentaire des objets espacés sur la toile. C’est une relation complexe et vivante qui est créée.


IFROSA: Et comment pouvez-vous exprimer la présence juive dans votre inspiration et dans les tableaux?


ROEE Suffrin: Mon besoin de vivre les choses comme elles sont, dans leur nudité intégrale et dans leur vraie gloire, peut manifester chez moi une profonde connexion avec l'être juif.
La volonté de désigner un objet et de le décrire comme il est, de reconnaître toute la profondeur de son existence - tout comme cela peut surgir dans la profondeur de la nuit, quand les prismes culturels à travers lesquels nous voyons les choses dans la lumière du jour n'ont plus de signification valable.
Cela peut eprimer également mon besoin d’être dans la carte constellation sociale juive, afin de reconnaître les motivations personnelles et la position d'un individu dans la structure sociale qui prend ses racines dans le judaïsme .
En effet, c’est une préoccupation juive notable depuis les temps antique - d'identifier et de diagnostiquer l'état du collectif, de faire la lumière sur la localisation de l'individu au sein du collectif, sur l'influence de l'individu dans tout le corps social.


IFROSA: et l'influence de la dimension ashkénaze qui vous a également marquée?


ROEE Suffrin: Peut-être que mon côté ashkénaze peut être blâmé pour mon besoin de critiquer et juger. pour ma tendance à trouver les côtés négatifs ou faux dans la réalité et qui ne répondent à la réalité existante et présente.
Une autre chose, c’est une certaine tendance vers le fantastique, sombre et légendaire. Dans mes œuvres d'art, il y a des zones obscures, qui rayonnent une atmosphère de mystère, ou des personnages qui ont un côté gothique ou morbide. Je crois que cela puise dans la culture allemande.
Par ailleurs, dans mon attraction vers le modernisme avec son esthétique minimale, je peux aussi trouver des racines européennes. Prenons comme un fait d'expérience pour l'homme moderne que la vie contemporaine n'est pas toujours riche ni agréable.
Mon expérience familiale dans les dernières décennies a développé ma volonté de m'engager dans le modernisme, de traiter avec lui et de vivre à travers lui l'expérience de la vie.

IFROSA:Receviez-vous des encouragements prometteurs quand vous étiez étudiant?


ROEE Suffrin:
Je recevais des bonnes appréciations, mais rien de comparable avec ce que je reçois depuis.
Cela, parce que les enseignants en art ne peuvent pas se permettre de faire la louange de leurs élèves d'une telle manière.


IFROSA: Merci, Roee Suffrin, pour cet essai et cet échange ouverts. Je serais heureux que vous disiez prochainement à nos lecteurs comment avez-vous ressenti les très nombreuses réactions positives de critiques artistiques, et du public de nombreux pays depuis que votre oeuvre atteint une diffusion internationale très intense et très chaleureuse? Le Guestbook du site en témoigne. Et cette réaction très positive vous influence-t'elle maintenant dans le développement de votre création?