|
|
Pourquoi vivre avec
les oeuvres
de Roee Suffrin?
|
| |
I said a work is a mutation. Rochelle Owens - 1988
On me demande: pourquoi les peintures de Roee Yossef
Suffrin (prononcer Roï Yossef Soufrine) plus que d'autres
images?
Parce qu'elles exercent sur celui qui les a regardées une
impression durable intérieure et qui éveille et
dévoile en soi les défis de lumière et de
routine.
Mais encore plus: elles éveillent la présence en
chacun, ici et maintenant, d'une puissante source de lumière
surgissant plus fortement que tout le cadre qui l'entoure, et
cette source mobilise les forces du modèle et les forces
du spectateur. Et le relie à ce qu'il pensait n'être
que des mots habituels, ou bien ne se croyait pas propriétaire
d'un tel terrain aux sources jaillissantes de vie.
Et la présence de cette radiographie de l'être joue
comme un miroir envers le spectateur qui se dit alors: je me sens
un peu plus convaincu chaque fois de la présence inaltérable
en moi d'une telle lumière.
Si plus personne n'est prophête, notre tradition nous assure
que nous sommes fils de prophètes. C'est-à-dire
de ceux qui voient et apprennent à voir ce qui existe:
la vie est infiniment plus puissante que tous les doutes. Cette
lumière situe la cible: l'objectif, dans tous les sens
du mot.
C'est peut-être un rôle humble que celui du peintre.
Mais, quand il nous donne cela -et chez un homme encore dans la
jeune maturité de l'âge-, nous sommes réveillés
dans nos puissances. Et qui le fait, surtout, avec humilité.
Voilà, je vous ai dit, en mots.
A lui l'image, à vous l'image intérieure et la sensation
intérieure.
Il réveille en nous le "Ecoute vraiment, Israël:
celui qui est notre D. commun est, Lui, cette unité vivante
et puissante de l'être. Et Il est UN. Et ainsi de notre
être en cette présence".
Ecoutons donc un instant ces images de Roee Suffrin en y localisant:
la matière posée comme cadre de réalité,
la concentration méditative des êtres, le noir, la
zone du surgissement, celle du rayonnement, celle de la force,
celle de la joie puissante.
Je ne peux mieux l'exprimer que par cet extrait
du chant du prophète Isaïe (chapitre 62):
1 Pour l'amour de Sion, je ne garderai pas le silence, pour
Jérusalem je n'aurai point de repos, que son salut n'ait
éclaté comme un jet de lumière, et sa victoire
comme une torche allumée.
2 Alors les peuples seront témoins de ton triomphe et
tous les rois de ta gloire, et on t'appellera d'un nom nouveau,
qu'aura désigné la bouche de Hachém.
3 Et tu seras une couronne glorieuse aux mains de Hachém,
et un diadème royal dans la paume de ton Dieu.
4 Tu ne seras plus nommée la Délaissée
et ta terre ne s'appellera plus Solitude; toi, tu auras nom
Celle que j'aime, et ta terre se nommera I'Epousée; parce
que tu seras la bien-aimée de Hachém, et parce
que ta terre connaîtra les épousailles.
5 Oui, comme le jeune homme s'unit à la vierge, tes enfants
te seront unis; et comme le fiancé se réjouit
de sa fiancée, ton Dieu se réjouira de toi.
6 Sur tes remparts, ô Jérusalem, j'ai posté
des guetteurs, qui ne se tairont ni le jour ni la nuit, en aucun
temps: "O vous qui faites appel au souvenir de Hachém,
ne prenez aucun répit!
7 Et à lui non plus ne laissez point de trêve,
qu'il n'ait rétabli Jérusalem et n'en ait fait
un sujet de gloire dans le monde." (Isaïe 62).
|