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Laleh  Shaikhani



Spiritualité face au matérialisme:

Spiritualité face au matérialisme, l'univers caché face à l'univers extérieur, acquisition face à la représentation, c’est à partir de là qu’on peut commencer la parole. La première chose qui a attiré mon attention c'était une sorte de dualité et ambivalence qui constamment me ballotait entre ces deux mondes différents et opposés. Quand j'ai essayé de regarder ces toiles avec plus d'attention et de temps et surtout quand j'ai fixé ces toiles, car je pense il faut être minutieux et il faut prendre son temps, si on ne prend pas son temps et si on ne fixe pas et on ne se plonge pas dans ces toiles, on ne pourra pas voir ce que Roee a essayé nous montrer. En premier regard on ne voit aucun point commun entre ces toiles mais leur point commun est dans leur opposition : Le monde Spirituel et céleste face au monde matériel et terrestre.

Monde spirituel et monde matériel
Les tableaux représentant la prière, ascétisme symbolisent ce monde spirituel ; Roee a montré subtilement le mariage de la lumière et l'ombre et a donné une ambiance chaleureuse à ces toiles et cette chaleur transperce le spectateur, tous les éléments présents dans ces toile établissent une sorte de proximité et une sensation profonde avec la pensée et l’esprit qui sont inexplicables mais on ne peut que les sentir, comme le plaisir que nous prenons en sentant une fleur, ou sentir la brise matinale sur sa peau ou encore le plaisir d'entendre une belle voix. Pourquoi le parfum d’une fleur est agréable, pourquoi la brise matinale nous fait du bien ou une belle voix nous enchante ? On ne peut pas répondre à ces questions. Je crois c’est ce genre de sensation et de sensibilité qui nous pousse vers la spiritualité et je crois toujours que la religion fait partie de cette spiritualité. Peut-être cette même spiritualité qui a poussé l'homme vers la religion. De toute façon la même sensibilité de l'esprit qui a animé Roee pour peindre ces tableaux m'a était transmise et m'a touché dans mon âme. J'ai entendu ou lu quelque part : "il y a toujours une main aidée par son cœur qui dessine sur un papier" et cette main aidée par son cœur a pénétrée mon cœur, mais ma main au lieu de dessiner sur papier, écrit ses impressions.
On voit un jeu subtil de l'ombre et de la lumière dans la série de toiles qui évoque la prière, Roee nous montre une sensibilité à l’égard des rapports de la lumière et de couleur, les couleurs sont transparentes et limpides et leurs transparences sont lumineuses comme des rayons de soleil.
Les tableaux symbolisant ce monde spirituel sont « Rabanim and boy & Within persistance _ Shofar & The return ». Une série de ces toiles sont présentés dans un espace clos et l'autre dans un espace ouvert. Dans les 2 premiers tableaux la lumière et la chaleur émanent de bougie et quelque chose qui ressemble à une flamme et qui crée une ambiance chaleureuse et il y a une solitude ascète qui entoure les personnages comme une auréole. Dans la 2ème série la lumière et la chaleur viennent du ciel et la couleur bleue du ciel est tellement brillante et paisible qui apaise le spectateur. Dans le tableau Shofar le mariage de lumière et du son est suggérée subtilement.
Ces toiles évoquent le sentiment, l’appartenance, la sagesse, la spiritualité, la pureté et à l'opposé de ces tableaux il y a les tableaux que je les considère comme le symbole du monde matériel et industriel. On ne sent plus la chaleur et la proximité des autres tableaux et tout ce qui est présent est matériel ou en rapport avec le monde matériel et le meilleur symbole de ce monde est la toile « Retouche » qui désigne bien le côté artificiel de ce monde. C’est-à-dire même la beauté de la femme n’est pas sa beauté véritable et elle est résultat du maquillage et les autres personnages du tableau sont transparents comme s’ils n’existent pas. Le choix de la femme dans ces tableaux nous renvoie de nouveau à l’ambivalence et l’opposition que j’ai cités au début de l’article, pourquoi la femme, la femme poupée, étant donné le rôle considérable de la femme et la mère dans la culture judaïque !!!
J’ai la conviction que l’âme de notre siècle, le siècle de machine et le siècle de l’indifférence et la perte progressive des valeurs ont une véritable résonance dans les œuvres de Roee.
Les trois toiles représentant Jérusalem m’ont spécialement interpellé, tout d’abord pour l’importance et la valeur particulière et historique que représente cette ville et ensuite je me suis dit que Roee en choisissant ce thème voulait nous dire des choses auxquelles nous n’avons, peut-être pas pensées et cette fois-ci je voulais absolument savoir davantage et je n’ai pas voulu me contenter de mes propres sentiments et de voir, probablement, ce que je désire voir. C’est la raison pour laquelle j’ai parlé avec Roee pour savoir davantage sur ses intentions. La première chose qui m’a interloquée était les formes en morceaux de ces tableaux et je crois que Roee a essayé sous une forme abstraite, libre et sans attache, nous montrer subtilement cette ville qui perd son âme, avec son mur immense et séparateur et ses antennes éparpillées.
Dans la dernière partie de mon article j’aimerais bien écrire sur les deux tableaux « War and woman » qui m’ont touché davantage que les autres tableaux. Car je me sentais et je me sens toujours concerner par les deux thèmes de ces deux tableaux : la premier est la femme et l’autre est la guerre.
J’ai toujours cette conviction que la guerre est un acte masculin et si un jour nous les femmes dirigions ce monde il n’y aurait plus de guerre. Peut-être c’est de la naïveté de ma part et que si un jour nous aurons le pouvoir nous aurions fait la même chose. De toute évidence les femmes n’ont jamais commencé les guerres mais elles les supportent et elles participent activement au frais causés.
Dans ces deux tableaux on se trouve toujours face à la même ambivalence : le monde violent et guerrier de l’homme face au monde paisible et solitaire de la femme. Je dis monde violent et non pas monde masculin car je considère cela prétentieux de ma part, c’est comme si tous les hommes sont des guerriers ou partisans de la guerre. La solitude de ces deux femmes montre bien le rôle identique de la femme dans ces deux mondes si différents, en apparence, et que la femme y est présentée comme un objet du décor et que les deux sociétés font d’elle l’image qu’elles veulent ou croient être meilleure pour elle. Dans la société moderne la femme est devenue un objet du décor qui doit être belle, son corps doit être ceci, ses habits cela et elle doit correspondre au code d’esthétique imposé par sa société et son époque tandis que dans l’autre société la femme est devenue une citoyenne de seconde zone qui est faite pour rendre service et faire des enfants et tout ce qui suggère la beauté en elle (en apparence ou intérieurement) doivent être cachés ou même disparaître, dans la prison de la maison ou celle de tchador afin que l’ordre et la tranquillité de la société ne soient pas ébranlés. Mais tout compte fait, ces deux visages de la femme sont artificiels et ce n’est pas le vrai visage de la femme, c’est le visage d’une victime: qui est la Femme.
Les deux sociétés et les deux cultures donnent l’image qu’elles veulent de la femme et la femme est toujours la victime de sa société et sa culture. Elle est jugée selon les normes et les valeurs que la société lui impose et non pas ses valeurs propre à elle et je crois, c’est en cela que l’humanité perd son essence et l’être humain perd sa signification et on se trouve face aux deux entités distincts : l’homme et la femme. En dessinant ces deux visages solitaires dans cet environnement guerrier, Roee montre qu’il a bien saisi ce problème et il nous l’a restitué dans ses toiles. Ces toiles ressemblent davantage à un regard profond.
Paul Gauguin a dit : « L'artiste ne doit pas copier la nature mais prendre les éléments de la nature et créer un nouvel élément. » et pour moi Roee est un vrai artiste, car en empruntant quelques éléments de ce monde, il a créé un autre monde.
Je finis mon texte avec un joli poème de Hafez, écrit il y a 14 siècles mais toujours d’actualité et j’ai toujours eu cette impression qu’il l’a fait ce poème pour nous les femmes, comme si le temps est resté immobile et figé et nous voulons depuis 7 siècle la même chose.

Ghazal 334

La poussière de mon corps devient un voile au visage de mon âme
Heureux l'instant où j'abattrai le voile de ce visage!

Pareille cage n'est pas digne d'un bon chanteur comme moi.
J'irai à la Roseraie de Rezvân, car je suis l'oiseau de ce Jardin!

On ne voit pas pourquoi je suis venu, où étais-je?
Hélas, ô douleur, je ne sais rien de ma propre condition.

Comment tournerais-je dans l'espace de Monde Saint,
Quand je suis cloué en mon corps au Pavillon du Mélange?

Que vienne du sang de mon cœur un parfum de passion,
Ne t'étonne pas : j'ai la douleur de la poche de musc du Khotan.

Ne compare pas les broderies de ma tunique tissée d'or à celles de la
Chandelle,
Car les flammes sont cachées dans ma tunique.

Viens ôter de devant lui l'être même de Hafez :
En présence de Ton existence nul ne m'entendra dire : "C'est
moi !


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The poem of Hafez that is cited by Laleh, is the quatrain 342 in the edition of Qazvini-Ghani and 302 in the edition of Neysâri, and 172 to page 974 in the edition of Khorramshahi. It is the 334 in the edition of Charles-Henri de Fauchécour who classes them in order of frequency of meter and rhyme. Charles-Henri de Fauchécour indicates that this poem is the most characteristic of the conception of life in authentic Sufism. "The body is a veil over the soul and the soul aspires to discard. The poet sees himself then as in a caged nightingale, and was come from the rose garden of paradise. Rezvan is the guardian of Paradise, in the Islam. The poet does not understand his condition of life on earth. It is made to fly in space of the World Saint, and he was nailed to his body as under the Mongols, the culprit is nailed on a board. Verse 7 says the most profound awareness that Hafez lives to the spiritual presence of Him (God) who is all for him, and because that he cannot longer says "it's me, man-am." The Beloved is requested to remove Hafez himself in front of Hafez to be Hafez".
Laleh Shaikhani expresses, by this poem, the fundamental tension that the artist Roee Suffrin expresses in his works between two poles (the ideal and the practical, spiritual and material), and that he does not eliminate them for the pretext of common ideas in the current ideologies of the society in which we live.

 

Note biographique

Laleh Shaikhani contribue activement au rayonnement de la culture iranienne en France, en particulier de la littérature et de l'art, depuis le cadre de la librairie Le Tiers Mythe dans le Quartier latin  à Paris.
Pour saisir la qualité de Laleh Shaikhani, il sera éclairant de savoir qu'elle est l'auteur d'une thèse  universitaire en 1995 à Paris 13 sur
l'absurde dans "La Chouette aveugle" (publié chez José Corti en 1953) de Sadegh Hedayat, écrivain iranien.
Sadegh Hedayat, petit-fils du critique et poète iranien Reza Hedayat, est né à Téhéran en 1903. Hédayat s’est donné la mort dans son appartement parisien en 1950. Entre ces deux dates, il aura mené une existence discrète, modeste et indépendante, loin des tapages d’une gloire littéraire qu’il méritait pourtant. Selon Frédéric Saenen, ce roman est représentatif du malaise ressenti en Iran durant la première moitié du XXe siècle par une jeune génération coincée entre préservation des traditions et tentation de la modernité.
Petit-fils du célèbre poète et critique Reza Qouli Khan, il n’y a que peu à dire de sa vie extérieure. Son indépendance intellectuelle, sa modestie, sa pureté d’âme lui ont fait choisir en effet l’existence effacée et les souffrances d’un être d’élite qui se refuse aux compromis. Sa grande douceur de coeur, un esprit toujours prompt à saisir le ridicule des choses, son indulgence aussi pour ceux qu’il aimait, tempéraient seuls son mépris de ce monde.
Formé à la lecture des maîtres modernes de l’Europe, mais également pénétré d’un profond amour pour le folklore et les traditions de sa patrie, S. Hedayat a cherché son inspiration auprès du peuple de l’Iran. Cependant, la passion avec laquelle l’écrivain s’est penché sur les religions de la Perse antique, sur les superstitions et les pratiques de magie populaire qui en dérivent, a éveillé aussi chez lui le goût de l’insolite et, bien souvent, il écarte les étroites barrières de la réalité, pour laisser le merveilleux envahir la vie de ses personnages : l’action d’un roman comme La Chouette aveugle se situe très loin de l’espace et du temps ordinaires.
Voir: http://www.jose-corti.fr/titresetrangers/chouette-aveugle.html
L'apport de sa thèse nous éclaire sur le contenu de l'appréciation de Laleh Shaikhani envers l'oeuvre de Roee Suffrin.

Roee Suffrin